Contrats aidés : « Le gouvernement s’apprête à procéder à un plan social de 150 000 emplois »

A Paris, quelque 5 500 emplois aidés facilitent l’insertion de leurs bénéficiaires et irriguent la vie associative des quartiers. Six adjoints au maire s’élèvent contre leur suppression dans une tribune au « Monde ».

LE MONDE ECONOMIE | 12.09.2017 à 14h27

Par Colombe Brossel, Alexandra Cordebard, Emmanuel Grégoire, Antoinette Guhl, Bruno Julliard et Pauline Véron, adjoints au maire de Paris

Tribune. Le gouvernement vient d’annoncer une diminution immédiate et drastique des contrats aidés, sans explication ni concertation. Pour des raisons budgétaires, il s’apprête à diminuer l’enveloppe de contrats aidés à 300 000 contrats en 2017, contre 459 000 en 2016. Cette décision, qui, sur notre territoire, s’ajoute à celles de la région Ile-de-France de supprimer les emplois-tremplins et de l’Etat de ne pas pérenniser les postes d’adultes-relais dans certains quartiers, est très lourde de sens et de conséquences.

Ces contrats, au nombre de 5 500 à Paris [tous employeurs confondus] en 2017, sont un véritable marchepied pour retrouver un emploi durable. Réservés aux personnes les plus éloignées de l’emploi (chômeurs de longue durée, seniors, jeunes peu qualifiés, habitants des quartiers prioritaires…), ils sont essentiels aux associations et aux collectivités pour remplir, dans toute la France, de nombreuses missions d’intérêt général. Aujourd’hui, la pérennité de centaines d’associations et l’emploi de dizaine de milliers de personnes sont en jeu. Si le gouvernement persiste, 150 000 personnes seront privées de ce tremplin vers l’emploi durable. C’est plus de 200 Florange…

La politique de recrutement solidaire de la Ville de Paris est emblématique de notre combat pour l’insertion professionnelle des personnes éloignées de l’emploi et pour le développement de l’économie sociale et solidaire. Notre ville est la première collectivité employeuse de personnes en contrat aidé de France, avec 1 550 salariés sous ce contrat, qui viennent apprendre ou réapprendre un métier aux côtés des agents publics.

Menace d’un retour à la précarité

Cette politique active nous a permis d’embaucher depuis trois ans 956 jeunes, peu ou pas diplômés, en quête d’une indispensable première expérience professionnelle, 326 seniors de plus de 50 ans, premières victimes des plans de licenciements et autres ruptures conventionnelles, 235 personnes en situation de handicap, deux fois plus frappées par le chômage que le reste de la population française, 726 chômeurs de longue durée, à qui l’on ne proposait plus aucune alternative, et 637 allocataires du RSA, qui savent parfaitement, n’en déplaise à certains, ce qu’est la valeur du travail. Autant de personnes sur lesquelles le gouvernement fait peser la menace d’un retour à la précarité.

Inefficaces, les contrats aidés ? Au terme de leur contrat à la Ville de Paris, 485 personnes ont déjà accédé à un emploi durable. Permettre à une telle diversité de profils d’accéder à l’emploi, y compris public, est une fierté et une réussite pour notre société.

Le premier ministre affirme préférer « la formation plutôt que les contrats aidés ». Ces deux priorités sont pourtant nécessaires et complémentaires. Grâce à l’obligation de formation, le contrat aidé est un outil d’insertion durable qui permet l’acquisition de compétences nouvelles. Comment imaginer que le gouvernement puisse réussir à proposer une solution viable et immédiate de formation aux plus de 150 000 personnes qui se retrouveront privées d’emploi d’ici à la fin de l’année ? Interdits de travail, ces salariés congédiés redeviendront tributaires des minimas sociaux, dans l’attente d’une hypothétique formation à venir.

En France, des dispositifs permettent de proposer un emploi aux exclus du marché du travail. Les contrats aidés, bien sûr, mais aussi le secteur de l’insertion par l’activité économique. Tous ces dispositifs peuvent bien entendu faire l’objet de réflexions et d’améliorations. Ils ont néanmoins prouvé leur utilité pour ceux qui en bénéficient, qui remettent un pied dans le monde du travail et retrouvent ainsi une place dans la société. Plus de la moitié des personnes en contrat aidé du secteur marchand accèdent à un emploi durable, sans compter les emplois temporaires et l’accès à une formation.

Brutalité

Pas un mot non plus du gouvernement sur le sort des associations qui bénéficiaient de ces emplois à coût modéré. Grâce à eux, à Paris, 4 000 associations employeuses remplissent chaque jour des missions d’intérêt vital pour les quartiers populaires, pour l’éducation, pour la lutte contre les discriminations, pour la culture, pour l’insertion professionnelle et la cohésion sociale.

Les conséquences directes de ces suppressions seront l’arrêt de nombreux projets portés par le tissu associatif local et la difficulté des acteurs associatifs, en grande majorité bénévoles, à s’organiser. C’est l’ensemble du secteur de l’économie sociale et solidaire qui est aujourd’hui menacé. Combien de cours de français, d’actions de soutien scolaire, de permanences d’accès aux droits seront supprimés à la suite de cette décision ?

Au-delà même de la suppression, c’est la brutalité de la méthode qui choque : le gouvernement choisit en effet de supprimer ces postes immédiatement, sans concertation. Il ne laisse pas aux salariés la possibilité d’anticiper les suites possibles pour leur parcours professionnel, pas plus qu’il ne laisse aux associations le temps nécessaire d’une réorganisation face à un tel choc. Derrière les discours de modernisation et de rationalisation, le gouvernement s’apprête à procéder à un plan social de 150 000 emplois en quelques semaines. Cette brutalité est inédite.

Elus de terrain, recevant tous les jours des appels d’associations totalement déboussolées, nous ne pouvons qu’appeler le gouvernement à reconsidérer sa décision et à travailler avec les collectivités et les acteurs locaux aux améliorations qu’il souhaiterait apporter à ce dispositif, en considérant de façon sérieuse la question de l’insertion professionnelle de nos concitoyens.

Les signataires : Colombe Brossel, Alexandra Cordebard, Emmanuel Grégoire, Antoinette Guhl, Bruno Julliard et Pauline Véron sont adjoints au maire de Paris.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/12/contrats-aides-le-gouvernement-s-apprete-a-proceder-a-un-plan-social-de-150-000-emplois-en-quelques-semaines_5184473_3232.html#vbQ2YOyJ1cf8Fkei.99

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Tribune – Contrats Aidés à Paris – Le Monde