Jeudi 9 novembre, le gouvernement a choisi l’emblématique site des Grands Voisins dans le 14ème arrondissement de Paris, pour faire des annonces au secteur associatif.

Annonces GVT Grands Voisins

Il était temps car, après avoir mis le secteur associatif aux abois avec la fin annoncée des contrats aidés (142 000 emplois dans les associations !) et la baisse des crédits de la politique de la ville, les associations trouvaient porte close dans les ministères… et ne savaient d’ailleurs pas à quelle porte frapper tellement les responsabilités sont diluées entre la vie associative, petit morceau rattaché de justesse au portefeuille du ministre de l’Éducation Nationale, et l’ESS, rattachée à Nicolas Hulot. Une absence de vision qui en dit long sur un secteur qui représente 10% des salariés du privé et compte 13 millions de bénévoles.

Le mot d’ordre du Premier Ministre aux associations a été de ne pas dépendre de l’État. Ne retenant de la loi de 1901 que la liberté de s’associer, comme pour convaincre les associations qu’elles participent de la grande vague libérale portée par le gouvernement, Édouard Philippe n’a eu de cesse de confondre indépendance du mouvement associatif et désengagement de l’État.
D’annonces, il n’a finalement pas été question. La plupart des mesures sont la simple reprise de dispositifs déjà existants. Aucune n’est à la hauteur des besoins du secteur associatif depuis la baisse brutale des contrats aidés enclenchée l’été dernier.

Le crédit d’impôt pour les associations ? Il s’agit du simple maintien du crédit d’impôt sur la taxe sur le salaire (CITS), mis en place par le précédent gouvernement, pour que les associations, qui ne bénéficiaient pas des mêmes réductions de charges que les entreprises depuis le CICE, soient logées à même enseigne.
Les allègements de charges dans le cadre de la réforme à venir du CICE ? Un effet sans doute bénéfique en 2019… si les associations tiennent le coup d’ici là. Cette mesure ne concerne par ailleurs ni les petites, ni les moyennes associations, pour qui l’impact sera nul en dessous de 10 salariés.
La mise en place d’accélérateurs d’innovation sociale ? Pourquoi alors baisser les crédits au dispositif local d’accompagnement, qui permet, depuis 15 ans dans tous les départements français, d’accompagner les associations dans leur développement, leur passage à l’échelle et leur essaimage. On voit une fois encore poindre le risque d’une baisse des financements à destination des petites et moyennes associations de proximité, pour ne concentrer les moyens que sur quelques « licornes » associatives très en vue.
L’activation du compte engagement citoyen ? Une bonne idée, là encore déjà prévue dans le compte personnel d’activité du précédent gouvernement.
L’annonce – déjà faite – de 150 000 jeunes en service civique ? Une bonne nouvelle pour l’engagement des jeunes mais il est temps d’arrêter la confusion entretenue par le gouvernement entre volontariat et emploi. Les services civiques n’ont pas vocation à remplacer les salariés en contrats aidés, dont sont désormais privées les associations.

On peut citer au rang des annonces positives, la création d’une semaine nationale de l’engagement et l’ouverture de travaux sur une plateforme numérique dédiée à la rencontre entre offre et demande de bénévolat (que nous avons mise en place à l’échelle parisienne : jemengage.paris).

Malgré mon inquiétude profonde face aux attaques en règle contre tout ce qui est de l’ordre du « non marchand », je vais émettre le souhait que les trois ministres qui étaient présents aux Grands Voisins jeudi dernier, retiendront la leçon ou plutôt l’esprit de ce lieu, expérimentation urbaine et sociale inédite voulue par la Maire de Paris, Anne Hidalgo, et la Maire du 14ème arrondissement, Carine Petit, en partenariat avec les associations Emmaüs, Aurore et Plateaux Urbains. Les Grands Voisins sont un projet collectif, à la gouvernance participative, fondé sur la volonté de « faire société ». Les centaines d’associations qui y cohabitent ont des modèles socio-économiques atypiques et hybrides, au service de l’intérêt général. Carton Plein y réinsère des SDF par le travail tout en développant l’économie du réemploi, WebForce3 y forme des jeunes décrocheurs au codage, Biocycle y achemine les dons alimentaires qu’il collecte en proximité, Emmaüs y loge des grands exclus… Le rassemblement de toutes ces associations et entreprises solidaires, au cœur de Paris, produit des nouveaux espaces de solidarité, de création et d’innovation, sociale autant qu’économique. Elles produisent du lien et du bien commun. N’est-ce pas là le véritable apport de la loi de 1901 ?

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Le désengagement du gouvernement vis-à-vis des associations